06.05.2008

Grande-Bretagne : entrée en vigueur des nouvelles lois sur l’immigration

524051210.jpg“Vieux, non anglophones, travailleurs sans qualification s’abstenir.” Cet avertissement a de quoi tempérer les ambitions des candidats au départ les plus obstinés. Comme des pays d’Amérique et d’Europe, la Grande-Bretagne prône l’immigration choisie, ce choix consistant à vider le tiers-monde de ses compétences et de fermer sa porte aux naufragés des boat people.

Le gouvernement britannique n’exige pas des Roumains, des Bulgares et des Polonais (1), qui arrivent par cars entiers sur son territoire, de parler anglais et d’avoir des qualifications précises. Même si leur déferlement fait grincer les dents de la population locale qui les accuse d’accaparer l’immobilier et les emplois, aucune loi ne leur interdit de s’expatrier sur les bords de la Tamise. Les préalables à l’immigration ciblent uniquement les candidats des nationalités hors européennes. Depuis le début du mois d’avril, les prétendants d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes doivent, comme au loto, cocher les numéros gagnants pour décrocher leur place au soleil (rare) au Royaume-Uni.

Le système dit à points place la barre très haut, tellement haut que le nombre des aspirants risque de fondre comme neige au soleil. Dans l’agriculture, le bâtiment et les services, la main-d’œuvre bon marché, venue tout droit des nouveaux “petits frères” de l’Est, de l’UE, satisfait largement la demande. Les campagnes anglaises sont investies par les héritiers  des kolkhozes, prêts à tous les sacrifices pour économiser le prix d’une maison qu’ils iront construire dans leur pays d’origine. La crise des vocations touche surtout le secteur tertiaire, l’enseignement, la santé, la recherche… où les compétences manquent considérablement. Ces failles sont le résultat de la fuite des cerveaux britanniques à l’étranger.

Une récente enquête de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a révélé que plus d’un million d’universitaires du Royaume-Uni se sont exilés depuis dix ans sur le Vieux Continent, en Amérique et en Australie, pour fuir la vie devenue trop chère dans leur pays. Jusqu’au remake manqué des attentats de Londres, l’été dernier, les médecins du monde entier, des pays du tiers-monde tout particulièrement, étaient les bienvenus dans les hôpitaux du royaume afin de pallier l’hémorragie des blouses blanches locales. L’identification d’un des kamikazes comme faisant partie de l’équipe des urgentistes de l’hôpital de Glasgow a révélé toutefois la légèreté avec laquelle les permis de travail étaient octroyés aux praticiens d’origine étrangère. Si aussitôt après, des instructions ont été données aux services de la santé et de l’immigration pour appliquer un contrôle plus rigoureux sur les candidatures, aucune interdiction à la venue de médecins étrangers sur le territoire britannique n’a cependant été prononcée.

La transformation des agents de l’immigration en chasseurs de têtes bien faites et vaccinées contre la tentation terroriste provient aussi du désir ardent et vital des Anglais de casser les frontières des ghettos ethniques qu’ils ont mises en place au nom du multiculturalisme. Au lendemain des attentats du 7 juillet 2007, l’opinion découvre stupéfaite que les auteurs n’étaient pas des étrangers, mais des Britanniques, enfants d’immigrés (2). Alertés par des signes précurseurs comme la hausse de la criminalité ou la montée du prosélytisme islamiste, les autorités admettent l’échec de leur politique d’intégration (3). Tout bas où à cœur ouvert, des hommes politiques accusent l’État d’avoir offert l’hospitalité à tout venant.

Actuellement, le Royaume-Uni compte 7 millions de citoyens britanniques d’origine étrangère, dont 1,5 million de musulmans. Les premières vagues de migrants remontent aux années 1950. Les populations des anciennes provinces de l’empire colonial britannique en constituent les principaux contingents. L’appartenance des arrivants au Commonwealth les exonère d’une quelconque autorisation d’entrée. Mais très tôt, des frictions font jour entre eux et les Britanniques de souche. Avant son immortalisation dans une comédie romantique, le quartier de Nothing Hill à Londres était surtout connu pour avoir été pendant les années 1950 le théâtre de la première offensive anti-immigrés. Cette tension, exacerbée par des conditions économiques difficiles, conduit les pouvoirs publics à émettre les premières restrictions en matière d’immigration. Des permis de travail et le regroupement familial sont institués.

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(1) : Ils sont citoyens européens, donc, c'est normal et pas raciste comme le sous-entend le journaliste.

(2) : Une intégration réussie somme toute.

(3) : C'était couru d'avance, le communautarisme (regroupement des cultures allogènes dans les mêmes quartiers) est le père du racisme. L'assimilation est de fait impossible. Comme diraient certains camardes québécois, "les accomodements" culturels et cultuels amènent inévitablement à une non-intégration.