01.06.2008

Immigration, exploitation éhontée, communautarisme latent... ...ou « la parabole de la tomate mûre »

« Comment faire sans qualification et sans diplôme ? » s’interroge « La Provence » ce 23 mai 2008 en lançant son forum de discussion « Que faire, selon vous, pour combattre le chômage ?  » tout en précisant que chaque année, en France, 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification…

Le mardi 20 mai, on avait appris que trente travailleurs immigrés « en situation irrégulière », soutenus par la CGT, occupaient le site de l’usine « Véolia » à Carrières sous Passy, pour demander leur régularisation à l’image des multiples actions précédemment menées dans la restauration, le bâtiment, les services en général…

Ainsi, en France, il y a de multiples demandeurs d’emplois sans qualification relevant de l’espace politique et sociétal français, sans travail et donc amenés à recevoir toutes les aides possibles, pendant que, dans les entreprises de services (hôtellerie, restauration, nettoiement, en particulier), du BTP ( que ce soit dans les grandes par le biais de la sous-traitance ou chez le petit maçon local), de l’agriculture (que ce soit dans les grandes exploitations céréalières, fruitières ou maraîchères ou chez le petit agriculteur local), sans parler du milieu du spectacle ou des « gens de maison » qui hantent les beaux quartiers comme tous les autres, une main d’œuvre immigrée, en situation irrégulière trop souvent, occupe les emplois qui pourraient leur convenir…

« Mais, disait ce chef d’entreprise d’origine marocaine qui intervenait mardi 20/05 dans un reportage de « FR4 » pour soutenir ses 20 ouvriers marocains qui faisaient grève pour obtenir « des papiers », je me doutais bien qu’ils n’étaient pas en règle, mais je les ai embauchés parce que je n’avais trouvé personne… » Par parenthèse, le même reportage montrait comment n’importe qui peut se faire embaucher sur un grand chantier du bâtiment de la région parisienne sans qu’on ne lui demande quelque justification que ce soit…

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Auteur :  Robert Albarèdes

16.05.2008

La Nakba des losers, par Sami El Soudi, un palestinien lucide

L’Allemagne et le Japon, entièrement détruits à l’issue du second conflit mondial, ont créé des économies parmi les plus dynamiques de la planète. La Palestine, quant à elle, n’a jamais connu des situations de destruction comparables, mais elle est restée bloquée par le désir d’anéantir Israël plutôt que la nécessité de se bâtir et d’assurer la prospérité de ses habitants. Israël fête ses 60 ans d’indépendance, la Palestine, elle, pleure soixante ans de Nakba. Et non : soixante ans depuis la Nakba.- Sami El Soudi

En cette veille de l’anniversaire de l’Etat d’Israël (10 mai -ndlr), je suis, comme chaque année, divisé entre deux sentiments : l’amertume d’avoir perdu ma terre et l’amertume d’être incapable de constituer un Etat. Dans mon esprit, ces deux sensations demeurent distinctes, et mon ressentiment s’adresse plus à moi-même et aux dirigeants de la cause palestinienne qu’aux Juifs.

Certes, il y eut la première guerre, celle que mes camarades israéliens de la Ména appellent la Guerre d’Indépendance, et que nous nommons la Nakba, le désastre. D’un point de vue historique, il est clair que les Juifs se sont emparés de plusieurs villes cent pour cent arabes, telles Haïfa, Jaffa, ou encore Beer Sheva. Paradoxalement, leur enracinement historique était plus dense à Gaza et Hébron que dans ces villes devenues israéliennes.

Ces conquêtes ont-elles donné lieu à des massacres, comme des historiens arabes et plusieurs néo-sionistes l’affirment ? Difficile de trancher. Il y eut des morts, assurément, mais des deux côtés, les Juifs perdant un centième de leur population lors de ce conflit. Est-ce que la Haganah a perpétré des assassinats de sang froid contre des civils sans armes ? Selon des anciens de Galilée, que je juge dignes de foi, les combattants juifs auraient effectivement abattu quelques hommes désarmés, à l’issue d’affrontements. Combien ? Quelques dizaines tout au plus, ce qui nous laisse loin de la présentation propagandiste de la Haganah sous les traits d’une seconde Waffen SS.

Ceci dit, les crimes de guerre demeurent des crimes de guerre, et ils ont été perpétrés des deux côtés, avec une férocité que je qualifierai toutefois de relativement retenue. A ce propos, il est peut-être utile de mentionner que le différend israélo-arabe, depuis ses origines durant le dernier tiers du 19ème siècle, n’a pas fait plus de 80 000 morts, civils et militaires de tous les belligérants et de tous les conflits confondus. Dans ce chiffre, environ 22 500 des victimes étaient juives ou israéliennes, ce qui met un peu de plomb dans l’aile des statisticiens instrumentalistes de l’agence de presse française AFP. Proportionnellement, n’en déplaise à ces messieurs, Israël a payé sa part de la tragédie.

Quant à savoir si les miliciens hébreux de la Nakba ont pratiqué des massacres à proprement parler, je crois qu’il faille honnêtement répondre à cette interrogation par la négative. Il y eut bien des massacres réciproques, comme à Deïr Yassin et au Goush Etzion, mais ils furent limités dans l’espace et le temps, réalisés par des extrémistes des deux bords ou des irréguliers excités par l’odeur du sang. Ils ne furent en aucun cas symptomatiques de ce conflit.

Ce qui le fut, en revanche, c’est la volonté de la direction du pré-Etat d’Israël de pousser mes frères et mes parents hors des frontières de la Palestine mandataire. Il est historiquement certain, qu’en plusieurs endroits, les miliciens hébreux ont incité les habitants à délaisser leurs maisons. Ces incitations ont été à la fois verbales et l’objet d’actes d’intimidation, dont les quelques exécutions sommaires, que j’ai évoquées précédemment, ont constitué les manifestations les plus violentes. Des dizaines de villages arabes ont été ainsi réduits à l’état de ruines.

Mais la direction du Foyer national juif, à la tête duquel officiait David Ben Gourion, et ses hommes armés, n’ont pas été les seuls à inciter les Arabes à quitter leurs villages et leurs quartiers. Il est également historiquement avéré que les Etats arabes, ainsi que des organisations panarabes, ont invité les populations à trouver un refuge temporaire dans les pays limitrophes "pendant que les armées régulières d’Egypte, de Transjordanie, de Syrie et du Liban écraseraient militairement l’entité sioniste à peine formée".

Les entités arabes dont je fais état ne se sont pas contentées de la parole : à diverses reprises, comme à Haïfa et dans les villages côtiers, elles ont envoyé des bateaux afin de recueillir les Palestiniens et les amener dans des lieux de refuge, principalement au Liban. Dans plusieurs cas, des villageois, constitués en milices d’autodéfense, se sont heurtés aux ordres arabes d’évacuation. Dans certains villages, une partie de la population est montée dans les navires, alors qu’une autre est demeurée sur place pour combattre les Juifs. Fréquemment, les milices constituées s’en furent acquérir des armes en les payant de leur poche.

Aujourd’hui, dans les deux camps, on amplifie naturellement les faits qui renforcent les ethos nationaux et ont tait ceux qui ne parlent pas en leur faveur.

Reste que ce sont des décisions arabes, qui ont à la fois acculé le tout jeune Etat d’Israël à la mer, et qui lui ont donné l’occasion de judaïser des parties du territoire afin de constituer une continuité géographique liant les différentes zones de forte implantation juive.

Car le fait le plus marquant de cette page d’histoire, que les historiens antisionistes omettent scrupuleusement de mentionner, réside en ce que le 29 novembre 1947, l’ONU vota le "Plan de partage", qui divisait le pays en deux Etats distincts, l’un arabe, l’autre juif. Avant cela, il n’y avait pas d’Etat en Palestine, il n’y eu que des occupations étrangères.

Les puissances arabes, persuadées de leur supériorité militaire, rejetèrent à l’unisson la décision onusienne, alors que la direction sioniste l’accepta sans conditions. A consulter la carte issue du Plan de partage, on se rend compte qu’Israël, dans ces frontières, était à la fois ingérable et indéfendable, morcelée et noyée dans un environnement hostile. Si nous n’avions pas commis l’impair de rejeter la résolution de l’ONU, nous aurions eu, dès 1947, un Etat de Palestine, et les Juifs auraient été, à brève échéance, pour survivre, contraints d’accepter l’idée d’une fédération, l’itinéraire le plus court vers l’Etat multiconfessionnel dont on a tant parlé ensuite.

A noter que, bien entendu, la Guerre d’Indépendance/Nakba n’aurait pas eu lieu si les Arabes avaient accepté le partage, et les violences dont j’ai traité auparavant ne se seraient pas produites. Causalement, on est amené à déduire que c’est le refus arabe qui a conduit à l’exil une bonne part des Palestiniens et à l’essor d’Israël.

Depuis, chaque fois que s’ouvre une fenêtre de négociation, la partie de territoire qui nous est proposée pour y établir un Etat est plus restreinte. Réduite à la fois par l’extension naturelle de l’Etat constitué qu’est Israël et par sa la posture de suprématie que lui confère sa puissance économique et militaire.

C’est le sujet de ma plus grande amertume : nous nous sommes montrés incapables de saisir notre chance et de fixer notre destin national en établissant un Etat. Nous sommes, quelque part, restés collés en 1947, nous persuadant nous-mêmes que nous parviendrions un jour à éradiquer Israël. Dans l’entre-temps, la Palestine juive, étatisée, est devenue une puissance à la pointe de la technologie mondiale, et nous, sous bien des aspects, nous n’avons guère évolué depuis que les armées des grands frères arabes se firent toutes éconduire par quelques brigades de partisans, à peine armés, portant l’étoile de David.

Désormais, ce n’est pas de savoir si nous allons construire notre Etat sur 93 ou sur 97% du territoire gagné, en 1967, par Israël sur l’armée du roi Hussein qui compte, c’est ce que nous allons y faire ; ce qui importe, c’est avoir un Etat. Un lopin de terre qui s’appelle Palestine, sur lequel nous pourrons commencer à nous construire et à inverser la courbe des calamités et des effets du temps, lorsqu’il est inutilisé.

L’Allemagne et le Japon, entièrement détruits à l’issue du second conflit mondial, ont créé des économies parmi les plus dynamiques de la planète. La Palestine, quant à elle, n’a jamais connu des situations de destruction comparables, mais elle est restée bloquée par le désir d’anéantir Israël plutôt que la nécessité de se bâtir et d’assurer la prospérité de ses habitants.

A regarder l’histoire, on en vient à douter que nos dirigeants aient jamais ressenti la ferme intention d’établir notre Etat. Ou peut-être ont-ils manqué des ressources énergétiques et visionnaires indispensables à quitter leurs chimères pour devenir Etat. Peut-être n’ont-ils pas eu – n’ont-ils toujours pas – le courage indispensable de prendre les décisions briseuses de mythes. Peut-être, pour en finir de cette énumération, ont-ils craint les échecs de l’accomplissement d’une société civile, et de ne plus pouvoir en rejeter toutes les raisons sur le voisin sioniste.

Car depuis 1948, la Nakba se poursuit. Nous sommes devenus un peuple de pillards et de corrompus, un peuple de violents et de grandes gueules, toujours prompt à pendre des traîtres présumés à nos lampadaires. Le califat de Gaza est l’aboutissement de tous nos mauvais choix, s’illustrant par un pouvoir de losers islamistes, incapables de produire le moindre projet de survivance pour un million trois cent milles de nos frères. Car, pour autant que je le comprenne, lancer des roquettes sur les habitants d’une paisible région reculée d’Israël ne remplace pas un projet d’avenir. En revanche, il l’enterre bien.

Si j’en veux historiquement à Israël, je ne la hais plus. Elle n’est pas la cause de notre incapacité à nous tenir debout. Je dirais, au contraire, qu’elle est notre voisine la moins hypocrite. Aujourd’hui, je dis que nous avons besoin de nous entendre avec les Juifs et de demander à partager le savoir faire qu’ils ont développé pendant que nous jouions à la guerre. Comme les Européens de l’Est pour ceux de l’Ouest, à nous de procurer à Israël un réservoir de main-d’œuvre à meilleur prix, jusqu’à ce que nous comblions nos retards et que nous phagocytions, à notre tour, la Jordanie, la Syrie et l’Irak. Ainsi fonctionne la finance du monde.

Je vois la présence des Israéliens dans notre proximité immédiate comme un bienfait et refuse de passer soixante années supplémentaires à tenter de les pousser à la mer. D’ailleurs, la plupart de ce qui fonctionne plus ou moins correctement, dans notre "autonomie", est inspiré de leurs modèles.

Israël fête ses 60 ans d’indépendance, la Palestine, elle, pleure soixante ans de Nakba. Et non : soixante ans depuis la Nakba.

Source : Point de Bascule

08.05.2008

Les "sans-papiers", cheval de Troie de la mondialisation

Les manifestations du 1er mai devaient être animées par des revendications sur le pouvoir d’achat et les retraites, il n’en a rien été car la vedette en est revenue aux premiers sans-papiers régularisés.

Les sans-papiers depuis plusieurs semaines occupent l’actualité. Il a suffi que certains d’entres-eux se mettent en grève, oui, osent se faire connaître de cette façon à quelques-uns, pour que tous les projecteurs se tournent, étonnamment, de ce côté. Etaient alors remisés loin derrière cette actualité, la nouvelle version du code du travail qui en remet en cause le cadre et dont le déclassement de quelque cinq cents dispositions législatives en partie règlementaire, ce qui les rend modifiables par simple décret, représente une véritable bombe à retardement, ou encore, l’allongement de la durée de cotisations à 41 ans pour les retraites ainsi que la demande qui a été faite par la Présidente du Medef, Laurence Parisot, du recul de l’âge de la retraite à 62 ans, ou encore le fait que l’emploi protège de moins en moins contre la pauvreté selon l’observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale…

La grève des sans-papiers, une mise en scène fort à propos

En réalité, c’est à une véritable une mise en scène à quoi nous avons assisté. Tout d’abord, des travailleurs sans-papiers, travaillant dans un restaurant et dont le patron « découvrait » à cette occasion que ceux-ci avaient des faux-papiers, se mettaient en grève, spontanément…, pour demander leur régularisation immédiate. Dès lors, les défenseurs de sans-papiers de tous bords, leurs manifestaient leur soutien, gauchistes et CGT en tête. Voilà que soudain, d’autres sans-papiers se mettaient en grève, particulièrement dans l’hôtellerie comme une trainée de poudre.

Telle n’a pas été la surprise lorsqu’à la suite de cet événement, les patrons de ces sans-papiers ont manifesté à leur tour leur soutien à ceux-ci. Y compris, jusqu’au représentant de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, André Daguin, allant jusqu’à reprendre les slogans gauchistes de régularisation massive, confirmant ainsi l’ampleur du problème inavoué et parfaitement connu des patrons, et pour cause, de l’emploi de travailleurs clandestins dans l’économie nationale. Comme cela était souligné dans le journal le Monde (30 avril dernier), « une grande partie des employeurs savent que leurs salariés sont sans papiers », ceci d’autant que les dernières lois créent l’obligation pour les patrons de les contrôler. Il y a aussi l’Urssaf et les impôts auxquels les salariés cotisent qui présentent une drôle de complicité avec cette situation.

Aussi, au lieu de demander des sanctions pour ces patrons voyous, et de faire que s’arrête cet odieux trafic qui vise à surexploiter la misère dans des conditions dignes du tiers-monde sur notre sol, gauchistes et CGT, mais aussi le PCF et une partie du PS, font passer cette exigence essentielle à l’arrière plan au nom de la régularisation de sans-papiers. La logique humanitaire à l’œuvre ici montre bien ses limites, ses travers et même le danger vital qu’elle représente pour les travailleurs en général contre lesquels joue cette situation en faisant pression sur leurs salaires, leurs conditions de travail et d’exploitation.

Une présentation des sans-papiers discriminatoire vis-à-vis des autres travailleurs

La CGT, dans son argumentaire en faveur des sans-papiers, explique que ceux-ci « ne prennent le travail de personne » car « ils font le travail que personne ne veut. » Sauf que, s’ils font un travail que personne ne veut, ce n’est pas tant en raison d’une pénibilité du travail à quoi rechigneraient les autres, mais en raison des salaires extrêmement bas pratiqués dans certains secteurs où aujourd’hui on recrute essentiellement des travailleurs immigrés, a fortiori, des sans-papiers taillables et corvéables à merci. Le secteur de l’hôtellerie est particulièrement concerné, qui n’a jamais posé, jusqu’il y a peu, de problèmes de recrutement dans la population générale, mais certes, pas au niveau de salaires où on embauche des sans-papiers.

L’argument de la CGT est discriminatoire et insultant pour bien des chômeurs en règle que l’on ne sollicite même pas, y compris des travailleurs d’origine immigrée, parce qu’ils osent prétendre être payés autrement que comme des esclaves modernes.

En réalité ici, la CGT donne indirectement un sacré coup de main à des patrons qui veulent entériner une situation de fait de bas salaires, afin de peser sur les salaires en général tout en apparaissant comme des humanistes, et en appliquant en réalité la logique de l’immigration « choisie », c’est-à-dire des travailleurs immigrés recrutés selon une commande économique du marché et sous une mise en compétition avec les autres salariés. On sait que les chantres de la mondialisation veulent en finir avec les frontières et les Etats-nations qui interviennent dans l’économie et résistent sous la pression de leurs peuples à l’installation d’un grand marché mondial. Mettre un terme définitif à la souveraineté des peuples est de ce point de vue un objectif en soi. La mondialisation en a besoin pour créer la libre circulation des biens et des personnes, pour élever encore le degré d’exploitation et de concentration des richesses. Une logique qui passe par le recours à des travailleurs immigrés sous-payés, voire massivement à des sans-papiers, et ainsi à un moment ou à un autre, qui passe aussi par des régularisations massives ici et ailleurs.

Autrement dit, soutenir de façon globale et indifférenciée une régularisation des sans-papiers, c’est contribuer à mettre en place les règles de la mondialisation dans notre pays. En fait d’un progrès, il s’agit bien là d’une grave régression, c’est un coup de poignard dans le dos de tous les travailleurs.

Une demande de régularisation massive qui nie les enjeux de l’intégration

En regardant même un peu plus loin, on doit s’interroger sur les effets d’une régularisation massive des sans-papiers qui ne pose pas qu’un problème vis-à-vis de la question du travail, mais aussi en regard de la question du lien social, de l’intégration. On connait déjà les effets d’une immigration continue dans notre pays dans un contexte économique de crise, avec une intégration dont les conditions ne sont pas réunie et les problèmes que cela pose à notre vivre ensemble qui se dégrade, incluant le développement de ghettos. L’immigration d’origine sub-saharienne n’a cessé de se développer depuis trente ans, dont quatre vingt pour cent vient du Mali, marqué par la polygamie, les mariages arrangés (forcés au pays), sans aucune contraception interdite par leur religion, poussant à la multiplication des enfants dans ces familles. Nous sommes dans bien des quartiers populaires à la limite de l’explosion en raison des déséquilibres ainsi créés, et on voudrait encourager à un nouvel appel d’air de l’immigration clandestine par des régularisations massives de sans-papiers qui verraient-là une voie royale ?

C’est n’avoir plus aucun sens des responsabilités vis-à-vis de la nation, de son peuple, que de refuser de voir cette réalité, d’en ternir compte dans les choix politiques. C’est sur elle d’ailleurs que Sarkozy s’est appuyée, pour aller chercher une partie de ceux qui l’ont élus dans les milieux populaires, en prétendant refuser l’immigration clandestine, alors que ses amis du Medef n’hésitaient pas à y avoir recours de façon massive et jusqu’à aujourd’hui.

Une nation, c’est une forme de conscience, celle des valeurs que l’on a en commun auxquelles figures les droits fondamentaux de l’homme, les libertés publiques, les acquis sociaux comme bien commun, la démocratie, l’égalité hommes-femmes, la laïcité évidemment... Croit-on que ces choses s’acquièrent sans règles, sans exigences, sans mesure dans mélange entre ceux qui à minima en sont conscients et ceux qui viennent d’autres pays et d’autres cultures qui sont à mille lieux de ces progrès que leurs sociétés ignorent, malgré eux.

Lutter contre la mondialisation, c’est combattre le recours par les patrons à des sans-papiers

Il faudrait sans doute, pour lutter efficacement contre la mondialisation, rejeter toute idée de régularisation massive des sans-papiers, tout en modifiant les règles économiques qui créent les conditions de cette immigration, alors que la faim gagne, avec l’augmentation considérable des denrées alimentaires et de l’énergie, dans le tiers-monde. Il s’agit ici de refuser la logique de la mondialisation en refusant la banalisation de l’utilisation de travailleurs sans-papiers par le patronat en France tout en combattant la logique économique qui conduit à mettre à genoux les pays d’où viennent ceux qui immigrent.

Au vu de la réalité de la France d’aujourd’hui, il n’est pas possible de banaliser cette situation et d’encourager à ce qu’elle continue de se dégrader autant d’un point de vue économique, social que politique. De la gauche à l’extrême gauche à présent, il semble que l’on ait tout oublié de ce à travers quoi le peuple de France s’est édifié, de la conquête de la nation et de la République au meilleur modèle social au monde, et encore, les droits du travail les plus avancés, la libération des femmes du paternalisme de la tradition et de la religion, un Etat réellement indépendant des Eglises tout en étant respectueux du droit de croire ou de ne pas croire… Autant de biens communs que l’on ne brade pas au nom d’un humanisme béat, mais que l’on doit défendre en maintenant une cohérence, qui ne permet pas tout et n’importe quoi.

Des fossoyeurs du peuple qui se prennent pour les sauveurs de l’humanité

A en croire le journal l’Humanité qui s’appuie sur un sondage dont il a passé commande à l’Institut CSA, 84 % des Français seraient pour la régularisation des sans-papiers, laissant entendre qu’ils convergeraient dans le sens d’une régularisation massive, comme le soutien le journal. En regardant les choses de plus près, il faudrait être plus mesuré, car seulement 21 % des interrogés se prononcent pour une régularisation de « l’ensemble des sans-papiers », ils sont en revanche 63 % à être favorable à « une régularisation au cas par cas ». Un sondage qui montre l’absence de racisme des Français dont on les accuse régulièrement mais aussi un certain réalisme, en refusant une régularisation massive sans condition, extrêmement dangereuse pour notre pays, à laquelle s’oppose l’idée du « cas par cas ». Les Français ne peuvent faire moins face à cette campagne de culpabilisation qui ne laisse encore une fois, sur la question de l’immigration, pas beaucoup de place à un réel débat, qui puisse dépasser la caricature droite-gauche habituelle ou l’opposition humanistes-fascistes, et pose les véritables problèmes de société qui en relèvent.

Il y a sans doute des cas qui justifient une régularisation, mais pas au nom du fait qu’ils cotisent à la sécurité sociale ou paient des impôts, argument fallacieux qui tient justement à une irrégularité qui est le propre du choix de celui qui immigre clandestinement et trompe l’administration. Mais plutôt par exemple, en raison d’avoir passé un certain nombre d’années en France dans ces conditions de sans-papiers tout en ayant une famille à charge. Voire, ceux qui ont travaillé avec un titre de séjour et l’ont perdu parce qu’ils n’avaient plus de travail et entre temps s’étaient installés.

Une large partie de ceux qui ici soutiennent les sans-papiers sans condition sont les mêmes qui demandent le droit de libre installation des immigrés en France, ainsi que leur droit de vote à toutes les élections, au nom de la lutte contre les discriminations. Une aide précieuse à ceux qui rêvent de détruire toute idée de nation et de souveraineté populaire afin de faire place nette au marché.

La révolution est toujours trahie par ceux qui veulent sauver le monde au nom de bons sentiments qui transforment finalement la politique en ventre mou de l’histoire, en livrant au passage les peuples aux pièges de ceux qui les veulent à leur main. C’est une maladie infantile de la politique parait-il, mais à quand le remède ?

Guylain Chevrier

Historien

Source : Riposte Laïque

Commentaire : il est assez ironique de constater, qu'à travers ce texte, Monsieur Chevrier démontre avec une facilité déconcertante que les syndicats et les chantres de l'humanisme pantois se tirent une balle dans le pied au nom de principes qui vont à l'encontre de leurs propres objectifs. Je suis en adéquation avec ce texte. J'ai surligné en jaune les passages qui me semblaient les plus pertinents.